Affichage des articles dont le libellé est cinéma. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cinéma. Afficher tous les articles

vendredi 14 mars 2014

Kinepolis et la pluie d'argent

Lise. C'était un dimanche triste et pluvieux, comme souvent  à Harelbeke. Deux voitures venaient de passer en trombe, en vous frôlant d'un peu trop près. Une Simca et une autre qu'Albert n'a pas pu reconnaitre sur le moment. Elles filaient droit vers Courtrai, ou peut-être même plus loin, vers Gand. En tout cas, loin d'Harelbeke et de ses pavés mouillés. Et puis soudain,  Albert a glissé sa main dans la tienne. Tu l'as refusée. Pile devant Le Majestiek. Au 13bis, rue de Gand.



Albert Bert avait pas mal d'argent de côté. Alors pour t'épater, un jour il l'a acheté le Majestiek. Avec  sa belle soeur,  Rose Claeys-Vereecke. Comme ça, sur un coup de tête, un coup de sang. Ils en ont fait un complexe à deux salles. Ca a été le premier 'duplex de cinéma' de Belgique, Lise. 1968. Ils ont  engagé du personnel, les gens venaient de loin. Et toi aussi tu venais. Albert t'observait en tremblant,  depuis la cabine de projection. Un soir, tu t'es assise à la  cinquième rangée à côté d'un garçon. Ta tête s'est penchée sur son épaule tandis que celle d'Albert se brisait pour la seconde fois. Il est sorti dans la nuit d'Harelbeke, griffant rageusement au passage la portière de la Simca garée devant le Majestiek.






Les années on passé. Et l'argent rentrait. Facilement. Toujours plus facilement. C'était devenu une sorte de drogue. Albert t'écrivait. Tu ne répondais jamais. Alors, dans les années 70 il a ouvert le Pentascoop (5 salles) à Tournai suivi du Decascoop à Gand. Plus rien ne semblait pouvoir l'arrêter.




En 1988, avec Rose, ils ont construit un cinéma sur le plateau du Heysel à Bruxelles, sur l'ancien site de l'usine General Motors. D'où son petit air de parking automobile. Kinepolis. Une sacrée gueule Lise, ce cinéma. 25 salles. Du 'multiplexe', ils étaient passé au 'mégaplexe'. Et ce fut le succès immédiat avec 3 millions de spectateurs par an. Peu importait la qualité des films, il fallait avant tout de l'action, pour séduire le plus grand nombre. Et remplir les caisses. Dix ans plus tard, les deux familles ont fusionné en une seule entité pour créer le 'Kinepolis group' avec une entrée en bourse en 1998. En quinze ans, ils sontt devenus un des plus gros exploitants de salles de cinéma en Europe. Les premiers à être passés au numérique et  à avoir  dans la foulée développé des salles de projection en 3D. Albert exporta alors son concept à l'étranger. Espagne, Italie, Portugal, Pologne, Suisse. En tout 317 salles furent construites et le groupe engagea plus de 1800 salariés.  En France, Gaumont,  UGC et Pathé ont tous adopté sa formule magique, tuant au passage des dizaines de cinémas de quartier.
Harelbeke et ses pavés mouillés étaient loin, Lise. Trop loin sans doute.
Albert est mort en 2002 à Courtrai, il avait 74 ans. Cétait mon père. Il était très riche. Et toi, tu n'es pas venue à l'enterrement.

C'est moi qui depuis ai repris les rênes du groupe. Et le succès a continué à croître. Avec des films commerciaux et 'faciles', car il fallait avant tout être rentable. A quoi bon prendre des risques inutiles en programmant des films d'auteur ?

D'ailleurs, sur la seule année 2009, 22 millions de personnes ont fréquenté les salles du groupe Kinepolis en Europe. Avec partout  des gains colossaux provenant autant des films eux-mêmes que des friandises, pour l'essentiel des pop corns. D'où l'idée à la fois perverse et géniale de faire payer 3 euros de plus la séance aux spectateurs désireux de voir un film dans une salle où les pop corns sont interdits. Autrement dit, le bénéfice que je perds d'un côté  je le rattrape de l'autre..!


J'ai aussi récemment lancé une chaine de télé numérique et des opérations marketing de grand ampleur.  Comme il y a quelques mois,  cette fameuse 'pluie d'argent' autour du film  'Insaisissables'.



)


Cette pluie d'argent, c'est notre vie, Lise.  Celle d'Albert, et puis la mienne. Celle de l'aventure de Kinepolis et que tu as refusé il y a bien longtemps, devant le Majestiek, idiote que tu es.







lundi 17 février 2014

Jeanne, ma chère Jeanne



 Il avait tourné en rond longtemps ce soir-là. Impossible de trouver une place dans cette foutue ville. Et sa femme qui l’attendait depuis une demi-heure devant le KVS s’était finalement résignée à rentrer dans la salle, juste avant le début du spectacle. On était fin février et l’hiver se trainait…Finalement une place se présenta, quai du commerce. Il gara sa voiture sans trop réfléchir.  Sans vraiment  se presser non plus. De toute façon, le spectacle avait commencé et il savait que les portes resteraient fermées jusqu’à l’entracte. Après avoir claqué la portière, il alluma une cigarette, c’est la première fois qu’il en grillait une depuis dix jours, se dit-il, en constatant qu’il n’arriverait jamais à arrêter de fumer.
Après, il ne sait plus très bien comment le événements se sont enchainés. Il avait écrasé sa cigarette sous sa chaussure et, le cœur battant, s’était dirigé jusqu’au numéro 23, à quelques mètres de sa voiture. Un frisson le traversa de haut en bas. La porte d’entrée n’avait pas changé. Ni le hall où il s’avançait timidement pour monter dans un appartement, en 1974.



Jeanne, il griffonna sur un papier, quelques jours plus tard. Ma chère Jeanne. Tu ne te souviens probablement plus de moi. 40 ans ont passé.  C’est long, 40 ans. Peut-être d’ailleurs es-tu morte, ou alors croupis-tu dans un hospice depuis plusieurs années.  Jeanne, je venais chez toi le jeudi à 17H00, après mon cours de néerlandais.  Tu m’ouvrais en souriant à peine,  tu m’aidais à ôter mon manteau trop lourd d’étudiant. Tes gestes étaient toujours les mêmes.  A la fois tendres et détachés, presque froids. Tu t’enfermais ensuite dans la salle de bain quelques minutes tandis que je m’asseyais sur le bord du lit. Après nous faisions l’amour, jamais très longtemps, jusqu’à ce mon corps maigre se tende comme un arc sur ton ventre,  jusqu’à ce que je reprenne peu à peu mon souffle pendant que tu fixais le papier peint sur le mur, comme à chaque fois. Ce papier peint que je n'ai jamais pu oublier. Pas plus que l'odeur de lessive, ou les pommes de terre au fond d'un seau d'eau, attendant d'être épluchées.  Je n'ai pas oublié non plus le regard d'un garçon - ton fils - , à peine plus jeune que moi, croisé dans cet escalier que je me jurais alors de descendre pour la dernière fois.  
Jeanne, ma chère Jeanne, j'ai appris quelques jours plus tard, par l'épicier du boulevard d'Ypres, que des policiers étaient venus te chercher, que tu n'avais opposé aucune résistance, et que de ce jour-là on ne te revit plus dans le quartier. 
Moi non plus, je n'y étais plus revenu jusqu'à ce samedi soir. Où je n'ai finalement pas rejoint ma femme au théâtre.  Le lendemain, je n'ai pas eu le courage de lui expliquer.
Je n'ai eu aucun courage. Sauf celui, un peu vain, de t'écrire et d'envoyer ma lettre au 23 quai du commerce. Sans espoir de réponse.








Il avait posté sa lettre dans une boîte du centre-ville début mars.  Puis avait marché un peu au hasard, vers la place Ste Catherine. Il savait que Jeanne Dielman n'existait pas réellement, pas plus d'ailleurs que son appartement bruxellois. Que tout cela était sorti de l'imagination de Chantal Akerman. Qu'elle en avait fait un film de 3H20, exceptionnel,  et qu'à l'époque le journal Le Monde présenta comme étant le premier chef d'oeuvre au féminin de l'histoire du cinéma. Il savait aussi que ce film était fondateur, qu'il avait provoqué l'éclosion d'un nouveau cinéma, d'une nouvelle esthétique, et  influencé fortement des cinéastes comme Gus Van Sant (Elephant) et Tsai Ming-Liang (I don't want to sleep alone). 


Il savait tout cela. Il avait juste eu envie d'entrer un peu dans cette histoire. D'entrer un peu dans le cinéma.
Puis, quittant le quartier, il s'alluma une cigarette.  


lundi 6 janvier 2014

La culture fond plus vite que le chocolat




Ah, le premier article de l’année, les doigts engourdis et  la sensation de marcher dans une neige encore vierge. Sauf que la neige cette année semble faire défaut. Mais soit, cela ne m’empêchera pas de sortir.  Ainsi il y a quelques jours, pour me dégriser l’esprit, je décide de me rendre aux Galeries St Hubert, au courant d’air vivifiant et, pensai-je naïvement, haut lieu de culture.


Bien mal m’en a pris. A peine rescapé de la rue des bouchers, vulgaire et aux odeurs de moules réchauffées, je tombe nez à nez sur une champagnothèque,  terme dont  j’ignorais jusqu’ici l’existence. Première surprise de taille.



Je me frotte les yeux. Pour les ouvrir quelques mètres plus loin sur  ma librairie favorite. Stupeur, elle est amputée de moitié. Il y a dix ans, la librairie Tropismes  s'était agrandie hors les murs avec une nouvelle entrée au n°4 de la Galerie du Roi, et de nouveaux espaces dévolus à la littérature jeunesse, la bande dessinée, les voyages et les loisirs. Mais aujourd'hui, patratras, le libraire a dû rapatrier à la hâte son département 'Jeunesse' dans les rayons Beaux-Arts. Et le personnel, que j'ai croisé, n'est guère rassuré quant à son avenir.



Un peu groggy, je débouche alors dans la Galerie de la Reine. Et à la tristesse succède aussitôt la nausée. Car ils sont tous là, presqu'en troupe, à l'assaut du chaland :  les Marcolini, Léonidas, Neuhaus, Mary, Corné, Godiva, Haagen Dasz. Il y a même le petit dernier, Laurent Gerbaud, venu sauver le bar du cinéma Galeries qui n'en finit pas de couler, après avoir enterré un peu trop triomphalement le cinéma Arenberg.


Mais il faut dire qu'entre le chocolat et la Galerie, c’est une vieille et longue histoire... En 1857, un pharmacien suisse,  Jean Neuhaus, s'installe au n°23. A l'époque, il confectionnait, en toute logique, des bonbons pour la toux, des réglisses pour les maux d’estomac... En fait, c'est son fils Frédéric qui va orienter ses produits vers la confiserie avec, entre autres douceurs, des chocolats fourrés à la vanille. En 1912, la maison met au point des chocolats fourrés de fruits, de pâtes de noix pilées, de crèmes et de liqueurs. La praline était née. Un siècle plus tard, c'est elle qui est devenue la reine des Galeries. Et je me dis, dans un soupir,  que la culture fond plus vite que le chocolat. Car à bien y regarder, hormis la théâtre des Galeries qui résiste - mais jusqu'à quand - aux assauts des maitres chocolatiers , les lieux réservés à la culture (disquaire, galerie d'art ...) semblent fondre  les uns après les autres, comme une praline dans la bouche d'un touriste pressé.




A la terrasse du Mokafé, Alexandre Grojean, le gestionnaire des Galeries tente de se racheter une bonne conscience. Le pauvre homme, s'asseyant à ma table, me glisse à l'oreille que la maison Flammarion rumine le projet d'ouvrir bientôt ici un hôtel littéraire.  Et cela, cher Monsieur 'Rabat-joie', devrait attirer chez nous les touristes les plus exigeants, ajoute-t-il avec un sourire conquérant.  Car la culture est plus vivante que jamais, renchérit-il,  me montrant du doigt un couple de japonais poussant la porte du  Musée des Lettres et Manuscrits  (en réalité une succursale d'un musée parisien dont la boutique est presque aussi grande que le musée lui-même, mais soit.) Bref, conclut-il en se levant soudain, ces Galeries doivent devenir un pôle touristique haut de gamme.  Et de disparaitre dans la foule bigarrée, avec la démarche d'un Leonidas ayant fini par réussir à vaincre les Perses. 



Racrapoté sur ma chaise et dans une humeur noire, je songe à Baudelaire, qui non loin d'ici griffonna un pamphlet ahurissant de haine nommé 'Pauvre Belgique !'... Et qui, par bien des aspects, n'a pas pris une ride.



dimanche 8 décembre 2013

Une actrice trop flamande ?



La comédienne belge Veerle Baetens vient de remporter à Berlin l’Award de la meilleure actrice européenne. Et si vous n'étiez pas au courant, rien de plus normal. Car à l'exception du journal Le Soir, la presse écrite belge francophone a grosso modo à peine effleuré l'événement, consacrant à cette victoire une dizaine de lignes tout au plus, et encore, la plupart des journaux se sont contentés de recopier le communiqué de presse. Incompréhensible.


The Broken circle breakdown est un film de Felix van Groeningen  (la Merditude des choses, c'était déjà lui). Dans ce film tiré d'une pièce de théâtre à succès de Mieke Dobbels, Veerle Baetens tient à bout de bras le rôle d'Elise, une femme qui va traverser une histoire d'amour bouleversante.  C'est aussi le premier long-métrage belge de toute l’histoire des Awards (26 éditions, tout de même) à décrocher autant de nominations : un record.  C’est d’ailleurs le film de tous les records avec plus de 40 distinctions empochées de New York à Montréal depuis sa sortie en salle. Et ce n'est pas tout, The Broken circle breakdown est en lice pour représenter la Belgique aux prochains  Oscars. 



Après des études suivies au Conservatoire Royal de Bruxelles, Veerle Baetens va très vite se retrouver sur les planches, principalement en Flandre. La télévision privée VTM a aussi accueilli à bras ouverts cette actrice talentueuse, où elle a partagé entre autres la distribution de séries très regardées comme Code 37 et Sara.  Mais la musique reste la  principale passion de cette femme de 38 ans. C’est d’ailleurs la comédie musicale  Fifi Brindacier qui va la faire connaître auprès du grand public en 2005, un rôle titre pour lequel elle obtiendra le prix musical John Kraiijkamp. L'an dernier , dans la foulée du film The broken circle breakdown, elle a donné avec Johan Heldenbergh, son partenaire à l'écran, une série de concerts dont les amateurs de bluegrass se souviendront longtemps. 





Et pourtant. Les Magritte du cinéma annoncés pour le 1er février prochain devraient en toute logique ignorer royalement cette merveilleuse comédienne. Et les tatouages de la bruxelloise Emy La perla, dont son corps se couvre au fur et à mesure que le film avance ne devraient pas changer la donne. 
Les Magritte du cinéma, c'est d'abord et avant tout la fête du cinéma francophone. Même si en 2012 et après un tollé médiatique, les organisateurs ont vite bricolé un prix supplémentaire et ouvert ainsi cette compétition aux films flamands. Rundskop de Mickaël P. Roskam a ainsi été le premier récompensé suivi en 2013 par A tout jamais de Nic Balthazar, co-produit par les francophones d'Entre chien et loup. Car petite subtilité,  pour être nominés et avoir une chance de récompense aux Magritte, les films flamands doivent être co-produits par des ... francophones. Autrement dit, on ouvre la porte, mais on laisse le crochet fermé.

Lors de le cérémonie  des European Film Awards, Veerle Baetens a glissé face au public berlinois à la fin de son speech cette petite phrase : "J'espère que la Belgique restera unie."
Si les organisateurs du concours européen n'ont sans doute pas capté complètement l'impact de ces mots, ceux des Magritte du cinéma seraient bien avisés d'en mesurer toute la portée.



dimanche 24 novembre 2013

Bourse : la brique a la cote






Elle a une bien vilaine figure la Bourse, campée sur les boulevards du centre avec son portique néo- palladien grossièrement camouflé sous des banderoles d’un jaune hideux. Elle a une bien vilaine figure mais elle n'en  perd pas le nord pour autant, pas plus d'ailleurs que la ville de Bruxelles,
propriétaire des lieux depuis 2012.
Car dans quelques mois, elle abritera pompeusement (dans tous les sens du terme) un temple de la bière.

Mais d’ici là, se souvenant de sa vocation première,  la Bourse compte bien engranger quelques pépettes,  sous la couche épaisse d’un vernis culturel dont personne n’est dupe. Après avoir hébergé deux expos glorifiant le règne du faux (répliques de statuettes pour Terracotta army et reproductions de machines et de peintures pour da Vinci The Genius) la Bourse revient cette fois à ses fondamentaux : faire tourner le commerce.

Car derrière son paravent artistique, cette expo n’est rien d’autre qu’une formidable promotion pour le groupe danois Lego.  Ce qui, on en conviendra,  tombe plutôt bien à quelques jours de la Saint-Nicolas et à quelques semaines de Noël. Autre hasard (?) du calendrier, l’ouverture récente du premier magasin Lego en Belgique (le 105ème au monde et 6ème pour l'Europe) qui vient de s’installer à Wijnigen, près d’Anvers. Une boutique de 150 mètres carrés entièrement dévolue à la petite brique en plastique et participative (un peu dans la logique d'Apple, qui propose une expérience d'achat différente des magasins multi -marques).

Car les enjeux économiques sont considérables.


Si Lego est parvenu à se hisser à la deuxième place mondiale des fabricants de jouets (juste derrière Mattel et devant Hasbro), le groupe familial de Billund revient de loin, frôlant même la faillite après trois déficits en 2000, 2003 et 2004. L'entreprise, quelque peu euphorique, s'était en réalité égarée en multipliant les produits dérivés : gadgets électroniques, vêtements jeux vidéos, jeux pour nouveau-nés et parcs d'attraction. Une situation devenue tellement critique qu'elle a  poussé fin 2004 Kjeld Kirk Kristiansen, le petit-fils du fondateur a passer les commandes à Jorgen Vig Knudstorp, un ancien consultant formé chez Mc Kinsey. Le groupe a alors recentré tout son business sur les briques 'de base' semblables à celles qui étaient sorties les premières en 1956 des ateliers d'Ole Kirk Kristiansen.  Duplo, longtemps snobé, est remis sur les rails, 70% des parcs d'attractions sont vendus et, au passage, 500 postes sur les 8000 existants ont été  supprimés. Une ligne de conduite implacable qui a fini par porter ses fruits : depuis 2005, le chiffre d'affaire de Lego a triplé pour atteindre les 2,15 milliards d'euros en 2010. Mais il ne faut pas baisser la garde, le monde du jouet est impitoyable. Principaux ennemis en vue, la concurrence asiatique et l'omnipuissance des jeux vidéos. Séduire le client devient le maître-mot. Et à ce titre, l'expo de la Bourse remplit parfaitement son rôle. Les parents tombent sous le charme et les portefeuilles s'ouvrent.

Dernière trouvaille du géant danois, recycler les personnages à succès garanti : Harry Potter, Star Wars, The Hobbit. Les licences sont chères mais les risques de plantage sont limités, ces personnages ayant déjà faits leurs preuves et attirant des fans de tout âge. Une poule aux oeufs d'or qui a poussé Lego à sortir son premier film d'animation, prévu en 2014, sans acteurs mais avec un casting imbattable, qu'aucun studio ne pourrait se permettre : Batman, Superman, Star Wars et même les Tortues Ninja
  


 Pendant des années, on a pensé que Lego signifiait 'j'assemble' en latin. En réalité le mot Lego provient du danois Leg godt qui veut dire 'joue bien'.
Et il faut bien le reconnaître, le fabricant de briques en plastique a jusqu'ici plutôt bien joué...

http://www.telebruxelles.net/portail/info/256-info-culturelle-theatre-expo/28528-des-legos-dans-la-boursewwtp://
http://www.telebruxelles.net/portail/info/bruxelles-ville/26995-le-temple-de-la-biere-se-dessine
http://www.telebruxelles.net/portail/info/bruxelles-ville/28380-affiche-de-promotion-devant-la-bourse-illegal

dimanche 20 octobre 2013

Le semeur de troubles






En voyant fleurir un peu partout dans Bruxelles les affiches plutôt sages du dernier film de la cinéaste Marion Hänsel, pudiquement titré La tendresse, je ne peux m’empêcher de songer à une autre campagne d’affichage, celle nettement plus décapante du dernier film Lars Von Trier, Nymphomaniac, et à son chapelet de photos orgasmiques de Charlotte et de ses camarades de jeu.








Et ce champion toute catégorie du 'teasing' au cinéma s'y est pris très tôt. Depuis début juillet, il souffle méthodiquement sur les braises comme  s'il craignait que l'été n'engourdisse notre intérêt pour un film lancé fin juin sur les rails de la promo avec une étiquette 'hautement sulfureuse'. La tactique du cinéaste danois qui aime la provoc  - souvenons nous de son  "Je comprends Hitler..." , laché en 2011 à Cannes en pleine conférence de presse et jetant un froid sur la Croisette - consiste à jouer avec nos nerfs et nos instincts. 


Semaine après semaine, Lars Von Trier  a creusé son sillon,  tel un semeur de troubles, nous distillant au début de l'été quelques photos savamment mis en scène et triées.  A commencer par celle de la comédienne Charlotte Gainsbourg 'prise' dans une situation équivoque. Première étape. 






 Quelques semaines plus tard, la production de 'Nymhomaniac nous balance une photo de groupe plutôt belle, et où le réalisateur se met lui même en scène au milieu de toute son équipe. Tout est à nouveau suggéré, rien n'est montré. Ou presque, deuxième étape. 





Mais ce n'est pas tout. Dès la rentrée, ce fou de Lars Von Trier franchit une nouvelle étape, encore bien plus cruelle, avec cette fois de courts extraits  qui donnaient juste envie de jeter son ordinateur par la fenêtre et dont je vous livre ci-dessous, sadique à mon tour, deux exemples éloquents : 






















Difficile de faire plus frustrant. Mais Lars Von Trier n'est ni le premier ni le seul à avoir tirer sur cette corde. Je me souviens d'une bande-annonce qui m'avait fortement impressionné (pour ne pas dire plus) il y a quelques décennies. Elle évoquait en vrac, et sous les nappes de Georges Delerue, une chambre à coucher, un baiser, une starlette, un révolver,  une statue, bref une bande-annonce où tout semblait être dit mais où tout restait à voir.  

Gageons aujourd'hui que Lars Von Trier, à travers l'effeuillage de son Nymphomaniac dont la sortie n'est prévue qu'en 2014, n'ait finalement pas tout dit. La provocation du cinéaste danois atteindrait alors son comble...



jeudi 22 août 2013

Eliane Dubois : une leçon de cinéma

J'apprends à l'instant le décès d'Eliane Dubois, fondatrice et directrice de Cinéart.
Immense tristesse et coup dur pour le cinéma d'auteur en Belgique. Mais certainement pas un coup d'arrêt.
Eliane Dubois a su donner au métier de la distribution ses lettres de noblesse et beaucoup de cinéastes européens, des frères Dardenne à Emir Kusturica, savent aujourd'hui ce qu'ils lui doivent.



Et pourtant, la partie était loin d'être gagnée d'avance. Parce que dans le 'monde du cinéma', le métier de distributeur de films est peut-être un des plus ingrats. Et certainement un des plus méconnus du grand public. Mais c'est une étape tellement vitale dans la vie d'un film, et qui comporte, en Belgique plus qu'ailleurs, d'énormes risques. Car il faut bien comprendre que distribuer un film chez nous coûte très cher : la concurrence fait rage, la production surchauffe et la durée d'expoitation en salles diminue à vue d'oeil. Sans compter qu'il faut boucler le tout dans un pays cinématographiquement coupé en deux.

Il y a deux ans, j'avais invité Eliane Dubois sur le plateau de l'émission 'Un soir à Bruxelles' pour qu'elle vienne nous parler de son métier. A l'époque, elle revenait du Festival de Cannes avec dans chaque main une récompense (l'une pour 'Le gamin au vélo' des frères Dardenne, l'autre pour 'Les géants' de Bouli Lanners), deux films auréolés qu'il allait maintenant falloir distribuer à un public pas forcément acquis et dans des salles pas forcément preneuses.
Un défi auquel elle s'est attelé avec talent, le même qui l'a animé pendant sa belle et trop courte carrière.

25/05/11 Festival de Cannes: des Palmes empoisonnées ?