dimanche 24 novembre 2013

Bourse : la brique a la cote






Elle a une bien vilaine figure la Bourse, campée sur les boulevards du centre avec son portique néo- palladien grossièrement camouflé sous des banderoles d’un jaune hideux. Elle a une bien vilaine figure mais elle n'en  perd pas le nord pour autant, pas plus d'ailleurs que la ville de Bruxelles,
propriétaire des lieux depuis 2012.
Car dans quelques mois, elle abritera pompeusement (dans tous les sens du terme) un temple de la bière.

Mais d’ici là, se souvenant de sa vocation première,  la Bourse compte bien engranger quelques pépettes,  sous la couche épaisse d’un vernis culturel dont personne n’est dupe. Après avoir hébergé deux expos glorifiant le règne du faux (répliques de statuettes pour Terracotta army et reproductions de machines et de peintures pour da Vinci The Genius) la Bourse revient cette fois à ses fondamentaux : faire tourner le commerce.

Car derrière son paravent artistique, cette expo n’est rien d’autre qu’une formidable promotion pour le groupe danois Lego.  Ce qui, on en conviendra,  tombe plutôt bien à quelques jours de la Saint-Nicolas et à quelques semaines de Noël. Autre hasard (?) du calendrier, l’ouverture récente du premier magasin Lego en Belgique (le 105ème au monde et 6ème pour l'Europe) qui vient de s’installer à Wijnigen, près d’Anvers. Une boutique de 150 mètres carrés entièrement dévolue à la petite brique en plastique et participative (un peu dans la logique d'Apple, qui propose une expérience d'achat différente des magasins multi -marques).

Car les enjeux économiques sont considérables.


Si Lego est parvenu à se hisser à la deuxième place mondiale des fabricants de jouets (juste derrière Mattel et devant Hasbro), le groupe familial de Billund revient de loin, frôlant même la faillite après trois déficits en 2000, 2003 et 2004. L'entreprise, quelque peu euphorique, s'était en réalité égarée en multipliant les produits dérivés : gadgets électroniques, vêtements jeux vidéos, jeux pour nouveau-nés et parcs d'attraction. Une situation devenue tellement critique qu'elle a  poussé fin 2004 Kjeld Kirk Kristiansen, le petit-fils du fondateur a passer les commandes à Jorgen Vig Knudstorp, un ancien consultant formé chez Mc Kinsey. Le groupe a alors recentré tout son business sur les briques 'de base' semblables à celles qui étaient sorties les premières en 1956 des ateliers d'Ole Kirk Kristiansen.  Duplo, longtemps snobé, est remis sur les rails, 70% des parcs d'attractions sont vendus et, au passage, 500 postes sur les 8000 existants ont été  supprimés. Une ligne de conduite implacable qui a fini par porter ses fruits : depuis 2005, le chiffre d'affaire de Lego a triplé pour atteindre les 2,15 milliards d'euros en 2010. Mais il ne faut pas baisser la garde, le monde du jouet est impitoyable. Principaux ennemis en vue, la concurrence asiatique et l'omnipuissance des jeux vidéos. Séduire le client devient le maître-mot. Et à ce titre, l'expo de la Bourse remplit parfaitement son rôle. Les parents tombent sous le charme et les portefeuilles s'ouvrent.

Dernière trouvaille du géant danois, recycler les personnages à succès garanti : Harry Potter, Star Wars, The Hobbit. Les licences sont chères mais les risques de plantage sont limités, ces personnages ayant déjà faits leurs preuves et attirant des fans de tout âge. Une poule aux oeufs d'or qui a poussé Lego à sortir son premier film d'animation, prévu en 2014, sans acteurs mais avec un casting imbattable, qu'aucun studio ne pourrait se permettre : Batman, Superman, Star Wars et même les Tortues Ninja
  


 Pendant des années, on a pensé que Lego signifiait 'j'assemble' en latin. En réalité le mot Lego provient du danois Leg godt qui veut dire 'joue bien'.
Et il faut bien le reconnaître, le fabricant de briques en plastique a jusqu'ici plutôt bien joué...

http://www.telebruxelles.net/portail/info/256-info-culturelle-theatre-expo/28528-des-legos-dans-la-boursewwtp://
http://www.telebruxelles.net/portail/info/bruxelles-ville/26995-le-temple-de-la-biere-se-dessine
http://www.telebruxelles.net/portail/info/bruxelles-ville/28380-affiche-de-promotion-devant-la-bourse-illegal

dimanche 17 novembre 2013

Lire entre les lignes




Au moment  de sortir m'acheter une liseuse (je parle de la tablette, pas d’une femme qui lit) , je tombe sur la nouvelle émission littéraire de la VRT   titrée Man over boek et diffusée sur Canvas. Les producteurs de l’émission, sans doute à la recherche de sensations fortes  - car simplement parler du contenu des livres, c'est ennuyant, n'est-ce-pas  -   ont une démarche plutot intrigante : effectuer une analyse bactériologique des dix livres les plus empruntés d'une bibliothèque d’Anvers.

 Pour avoir l'air un tantinet crédible, ils n'ont dès lors pas hésité à faire appel à du lourd, deux éminents professeurs de la KUL, Johan Van Elderen et le fameux Jan Tytgat, celui-là même qui avait récemment examiné un cheveu de la judoka Charline van Snick, accusée d’avoir pris de la cocaine lors des derniers championnats du monde de judo à Rio. 
Cette  fois, nos deux compères sont sortis de la bibliothèque anversoise les bras chargés de livres pour  rejoindre dare dare leur laboratoire, suivis à la semelle par les caméras de la télévision flamande. Quelques heures plus tard, ils en ressortent fatigués et la mine visiblement préoccupée. Les résultats de l'analyse sont étonnants : les dix livres contenaient des traces de cocaïne. Oh certes, pas grand-chose, quelques pictogrammes de coke glissées ça et là entre les pages,  les uns sous la couverture, les autres coincés entre deux chapitres...


Mais il y a pire (oui...). Sur le roman Cinquante nuances de Grey, de E.L. James, nos valeureux chercheurs ont décelé en plus de la cocaïne des traces d’herpès, une maladie, on le sait, sexuellement transmissible. 
On imagine avec effroi et dégoût ce qu’ils auraient trouvé si les anversois étaient des lecteurs assidus d'E.E Schmidt.



Du coup,  cette liseuse tant désirée m'est soudainement apparue comme une évidence. Une tablette, c’est sain, inodore, incolore, insipide, on ne risque pas d'attraper des crasses, voire d'y laisser sa peau. Et son esprit.

Le bon de commande dans une main, je piétine dans la file du magasin d'électronique, hésitant encore. Cette tablette va t-elle vraiment me protéger ? Les livres sont-ils à ce point devenus des objets nocifs ? Ces questions sont à deux doigts de me faire chavirer, quand mes yeux, qui se sont égarés, s'arrêtent, incrédules, sur la couverture de Billie, le dernier Gavalda.
Et, dans le même instant, distinguent entre des larmes de bonheur, un vendeur remonter la file, avec, dans les bras, ma chère et tendre liseuse.

dimanche 10 novembre 2013

Ras-la-houpette




Il y a deux mois, un vent mauvais a déposé une lettre recommandée dans les mains de Gilbert Weynans. Cet artiste et galeriste bruxellois, ami d’enfance d’Hergé, était  mis en  demeure par la société Moulinsart de détruire toutes ses bouteilles 'Tintin'. Explications (Marie-Noëlle Dinant, Télé Bruxelles) -copyright Moulinsart-Hergé-






Une décision marquée du sceau de la fermeté, propre à Nick Rodwell, peu enclin, on le sait, à la négociation.
Pourtant,  l’homme d’affaire anglais qui partage en Suisse son chalet et sa vie avec Fanny, la veuve d’Hergé, semblait ces derniers jours s’être un poil déridé. Et, miracle,  il aurait même été jusqu’à donner des interviews à des journalistes… Il faut dire que depuis quelques années, les bijoux de la Castafiore brillent d’un moins bel éclat. Les garants de l’œuvre d’Hergé ont donc besoin d’argent. Et pour cela, ravalent leur orgueil.





En point de mire, le musée Hergé, créé en fanfare il y a quatre ans à Louvain-la-Neuve et qui aujourd’hui a les allures d’un navire qui prend l’eau. Car le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne s’y bouscule pas. Les derniers chiffres annuels annoncent au mieux 80.000 visiteurs, là où on en espérait 200.000. Un échec cuisant dû entre autres à l’éloignement avec la capitale et donc la difficulté d’y attirer les touristes d’un jour.  Mais ce n’est pas la seule explication. Le musée pèche par manque d’interactivité, notamment à destination des enfants. Et est considéré par beaucoup de visiteurs comme trop sérieux, trop ‘adulte’. Un peu comme si Tintin n'était maintenant plus réservé qu'aux lecteurs de 27 à 77 ans.  Ce à quoi il convient d'ajouter une communication déplorable avec les médias, qui ne sont pas prêts d’oublier le jour de l’ouverture du musée où cameramen et photographes ont été priés de rester devant la porte...
Mais aujourd’hui, basta, changement d'attitude,  Nick Rodwell est dans la dèche et réclame à cor et à cri de l’argent public.


En attendant, il peut toujours se consoler avec une manne d’argent privé. Et tout frais, s’il vous plaît,  qui provient de … la maison  Casterman elle même. Hasard troublant, L’éditeur historique de Tintin, qui était en grippe avec Rodwell,  vient tout juste de changer d’actionnaires et d’équipe éditoriale en plaçant à sa tête, après la démission de Louis Delas, une certaine Charlotte Gallimard, une des quatre filles d’Antoine Gallimard. L’éditeur Casterman s’est engagé à verser à la société Moulinsart 50.000 euros par an et pendant 3 ans… On peut enfin respirer. A tel point que les amis réconciliés envisagent prochainement  de monter un film ou un dessin animé sur Jo et Zette. Et ce n’est pas tout.  L’euphorie ambiante (et le calcul… ?) s’est emparé des ayants droits. Ils viennent d’annoncer la sortie, mais oui,  d’un toute nouvel album de Tintin pour… 2052, soit un an tout pile avant que l’image du reporter et de son chien tombe dans le domaine public, septante ans après la mort de son créateur.  Nick Rodwell, celui que "Libé" avait surnommé le chien de garde de Milou,  empêche ainsi quiconque, d’ici cette date - et si possible au-delà - , de faire n’importe quoi avec son gamin à la houpette. 

D'ici là, beaucoup d'eau coulera encore sous les ponts mais les contrefacteurs et autres chapardeurs de l'oeuvre d'Hergé (n'est-ce pas Gilbert Weynans...) seront tenus à l'oeil par les avocats qui se succèderont à la société Moulinsart, et impitoyablement poursuivis. Cela au risque de momifier encore un peu plus l'image déjà bien figée de Tintin.

dimanche 3 novembre 2013

Toussaint : le prix du silence


Le Bruxellois Jean-Philippe Toussaint a t-il une réelle chance de remporter demain le  très convoité prix Goncourt ? L’auteur de Nue  se retrouve, sans grande surprise,  dans le dernier carré des finalistes de ce prix en compagnie de Karine Tuil (L’invention de nos vies)  de Frédéric Verger (Arden) et de Pierre Lemaitre (Au revoir là-haut )
Mais ne serait-il pas plus juste de dire : 'en compagnie de Grasset, Gallimard et Albin Michel ?'
La vraie question devient alors : Les Editions de Minuit (qui publient J-PH Toussaint) ont-elles une réelle chance de remporter demain le très convoité prix  Goncourt ?
Car au delà de l’histoire d’amour – au style maitrisé, brillant, ironique - entre le narrateur et Marie, il faut compter avec les amitiés, les clans, le marchandage.

Il est par exemple intéressant de se demander comment se portent économiquement  
aujourd'hui les Editions de Minuit. Et la question n’est pas si anodine.


En 1984, Marguerite Duras avait décroché avec L’amant le 1er prix Goncourt de l'histoire de 'Minuit'.  Mais d’après plusieurs sources, dont Jerôme Lindon lui-même  (ancien directeur des Editions de Minuit), elle n’aurait reçu ce prix que grâce à un don de 100.000 francs octroyé par François Mitterrand (proche de l’écrivain) à la fondation Goncourt...    Et à l'époque, ce prix aurait par ailleurs permis aux Editions de Minuit d’éviter le dépôt de bilan.



Et puis, il faut bien tirer un constat : les Editions de Minuit, malgré l'immense talent de leurs auteurs, sont bizarrement peu coutumières des prix parisiens. A part Duras,  seulement deux Goncourt ont été emporté par des auteurs de 'Minuit' , l’un en 1990 avec Les champs d’honneur  de Jean Rouaud, l’autre pour le Je m'en vais de Jean Echenoz.
On pointera tout de même, et ça n’est pas des moindres, deux Prix Nobel de littérature grâce à Beckett et Claude Simon. Mais on est ici loin du milieu littéraire  parisien,  de ses réseaux et de ses influences. Car même si depuis 2008,  il est désormais interdit à tout membre du jury d’être salarié par une maison d’édition, cela suffit-il à garantir l’impartialité du Goncourt ?

Ironie de l'histoire, les Editions de minuit ont commencé dans la clandestinité, en 1942. Avec Le silence de la mer, écrit sous le pseudo  de Vercors, en réalité un certain Jean Bruller, dessinateur et co-fondateur avec l'écrivain Pierre de Lescure de cette maison d’édition. Le nom de  'Minuit' rappelle d'ailleurs le courage d'un petit groupe d'éditeurs et d'imprimeurs qui a pris des risques infinis pour sortir des plaquettes où se croisaient sous des pseudonymes, des auteurs comme Aragon, Eluard, Mauriac et John Steinbeck.  

S'en suivront plus tard d'autres formes de courage, plus artistiques cette fois, comme celui de publier des gens comme Bataille , Paulhan, Beckett ou encore Les gommes de Robbe-Grillet, à l'origine du Nouveau Roman. 

Et si cette maison d'édition  payait encore aujourd'hui , et injustement, le prix de ces années de fronde et d'opposition à la bienséance ? 
Seule une remise demain du prix Goncourt à Jean-Philippe Toussaint, qui le mérite vraiment, viendra démentir, pour un temps,  cette triste hypothèse.




dimanche 27 octobre 2013

La culture, quel ennui !



      Avec l’annonce récente et brutale du décès de Patrice Chéreau qui, avec Roger Planchon, avait partagé la direction du TNP , me revient en tête la formule d’Antoine Vitez pour qui ce théâtre faisait de ‘l’élitaire pour tous’.
Aujourd’hui,  cette courageuse posture  a du plomb dans l'aile.



    Certes, la culture est présente. Et partout. Elle s’offre et s’étale jusqu’à plus soif dans les rayons épuisés (épuisants ?) des nos supermarchés médiatiques. Mais à la manière des produits laitiers, on ne la trouve plus guère que sous une forme allégée. Et surtout soumise à la loi du moindre effort. Empaquetée, prémâchée, prédigérée par des médias tellement bienveillants et soucieux de ne pas déplaire - ni trop déranger -  à un auditoire précieux (au sens vénal du terme) et délicat. Tout doit donc passer par la moulinette de  ‘l’entertainment’, du divertissement et du saupoudrage. Inviter en télé un écrivain, un artiste,  oui, mais à la condition qu’il ‘passe bien’.  On ne se demande plus si le dernier E.E Schmidt est un bon livre, on l’invite, un point c’est tout : c’est un bon ‘client’. Au bougon et pourtant génial Jean-Claude Pirotte, on préfèrera toujours  les chapeaux d’ Amélie Nothomb, autre bonne 'cliente'.    Stromae, quel talent ! Chantal Akerman, quel ennui ! ...
Les exemples sont légion et leur énumération s’apparenterait vite ici à une litanie.



D’autant plus que le courant de la médiocrité ne s'arrête pas à la porte des médias. Ce serait trop simple. Ainsi,  pour vendre des livres aujourd'hui, les libraires se déguisent-ils en gérants de snacks. ‘Cook and Book’ (que l’on ne prend même plus la peine de traduire) apparaît maintenant comme un slogan salvateur, le passage obligé pour accéder à la culture, et bien sûr pour la vendre.  



Un peu partout, les cases s'amenuisent et les lucarnes d'où, il n'y a pas si longtemps encore, on pouvait  apercevoir des sujets traitant intelligemment d'opéra, de peinture, de danse contemporaine et j'en passe, rapetissent à vue d'oeil. Et finiront, si ça continue, par disparaître dans l'indifférence générale.
Ou presque.
Car si l'élitisme culturel est un mot qui fait fuir - ou peur, c'est selon -, je le revendique haut et fort, quitte à me faire ici traiter de 'cultureux'.  Ce ne sera pas la première ni la dernière fois...
L'enjeu consiste à montrer avec intelligence et indépendance ce que l'on pense être le meilleur en considérant que ce qui est meilleur est à partager. En gardant toujours un esprit d'ouverture, de débat et de modestie.  C'est aussi, disons-le, une façon de donner des outils au plus grand nombre et de participer à son émancipation. 
Car cet élitisme tant décrié aujourd'hui est la condition de toute vraie culture. Et le meilleur moyen que l'on ait trouvé jusqu'ici pour combattre et freiner sa massification. 










dimanche 20 octobre 2013

Le semeur de troubles






En voyant fleurir un peu partout dans Bruxelles les affiches plutôt sages du dernier film de la cinéaste Marion Hänsel, pudiquement titré La tendresse, je ne peux m’empêcher de songer à une autre campagne d’affichage, celle nettement plus décapante du dernier film Lars Von Trier, Nymphomaniac, et à son chapelet de photos orgasmiques de Charlotte et de ses camarades de jeu.








Et ce champion toute catégorie du 'teasing' au cinéma s'y est pris très tôt. Depuis début juillet, il souffle méthodiquement sur les braises comme  s'il craignait que l'été n'engourdisse notre intérêt pour un film lancé fin juin sur les rails de la promo avec une étiquette 'hautement sulfureuse'. La tactique du cinéaste danois qui aime la provoc  - souvenons nous de son  "Je comprends Hitler..." , laché en 2011 à Cannes en pleine conférence de presse et jetant un froid sur la Croisette - consiste à jouer avec nos nerfs et nos instincts. 


Semaine après semaine, Lars Von Trier  a creusé son sillon,  tel un semeur de troubles, nous distillant au début de l'été quelques photos savamment mis en scène et triées.  A commencer par celle de la comédienne Charlotte Gainsbourg 'prise' dans une situation équivoque. Première étape. 






 Quelques semaines plus tard, la production de 'Nymhomaniac nous balance une photo de groupe plutôt belle, et où le réalisateur se met lui même en scène au milieu de toute son équipe. Tout est à nouveau suggéré, rien n'est montré. Ou presque, deuxième étape. 





Mais ce n'est pas tout. Dès la rentrée, ce fou de Lars Von Trier franchit une nouvelle étape, encore bien plus cruelle, avec cette fois de courts extraits  qui donnaient juste envie de jeter son ordinateur par la fenêtre et dont je vous livre ci-dessous, sadique à mon tour, deux exemples éloquents : 






















Difficile de faire plus frustrant. Mais Lars Von Trier n'est ni le premier ni le seul à avoir tirer sur cette corde. Je me souviens d'une bande-annonce qui m'avait fortement impressionné (pour ne pas dire plus) il y a quelques décennies. Elle évoquait en vrac, et sous les nappes de Georges Delerue, une chambre à coucher, un baiser, une starlette, un révolver,  une statue, bref une bande-annonce où tout semblait être dit mais où tout restait à voir.  

Gageons aujourd'hui que Lars Von Trier, à travers l'effeuillage de son Nymphomaniac dont la sortie n'est prévue qu'en 2014, n'ait finalement pas tout dit. La provocation du cinéaste danois atteindrait alors son comble...



lundi 14 octobre 2013

Diable rouge : fiction ou réalité



 Si la victoire de nos Diables rouges et leur ticket pour le Brésil semblent incontestables, ils font écho dans mon esprit torturé à la destinée d’un autre Diable rouge, sorti tout droit de l’imagination (trop ?) fertile du dramaturge français et contemporain Antoine Rault.
Son ‘Diable rouge’, se présente  comme un drame historique. Le pitch, comme disent les journalistes pressés, est le suivant : nous sommes en  1656, le Cardinal Mazarin est au sommet de son pouvoir mais il est vieux et se sait condamné.  Il achève l'éducation de son filleul le jeune roi Louis XIV, sous le regard de la reine-mère Anne d'Autriche et d'un Colbert qui attend son heure.
Dès la création de cette pièce en 2008 au théâtre Montparnasse avec entre autres l’excellent Claude Rich,  un extrait du texte  – un dialogue entre Colbert et Mazarin - va éveiller quelques soupçons :

Colbert : Pour trouver de l’argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus.
J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou… 
Mazarin : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l’Etat… L’Etat, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’Etat en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.
Colbert : Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l’argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?
Mazarin : On en crée d’autres.
Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils ne le sont déjà.
Mazarin : Oui, c’est impossible.
Colbert : Alors, les riches ? 
Mazarin : Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres. 
Colbert : Alors, comment fait-on ?
Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage (comme un pot de chambre sous le derrière d'un malade) ! Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser…C’est un réservoir inépuisable.


Incroyable, n’est-il pas !?… Quel visionnaire ce Mazarin ! Et dire que cet échange d’une surprenante actualité a eu lieu il y a 4 siècles… Oui. Sauf qu’en regardant de plus près cette conversation prétendue ‘historique’, un doute s’installe. Très vite, ce dialogue va faire le tour du web et devenir l’objet de discussions infinies, jusque sur le forum du célèbre site HoaxBuster (dénicheur informatique de canulars et rumeurs de tout poil).  Historiens, linguistes, journalistes, blogueurs, tout le monde va s’en mêler. Le département ‘Civilisation’ de la bibliothèque de Lyon  relève par exemple une série d’éléments stylistiques propres à notre époque (l’expression ‘comme un fromage’ n’appartient pas au vocabulaire actif des Français du 17ème siècle). Des historiens indiquent que la classe moyenne n’étaient pas aussi importante à l’époque de ce cher  Mazarin qu’aujourd'hui. D’autres, par contre,  soutiennent que ce dialogue inspirera  300 ans plus tard à un certain Karl Marx cette maxime : « La politique des riches consiste à se servir des pauvres pour appauvrir ceux qui le sont moins ».  
Enfin, dans la presse, on se range volontiers derrière  Philippe Tesson, journaliste du Figaro  qui viendra conclure, de façon cinglante, ce débat :
« Peu importent les libertés que prend Antoine Rault avec l'Histoire. On n'est pas ici à la Sorbonne, on est au théâtre, dans le registre et la tradition du théâtre dit historique. Il s'agit de séduire... ».

La vérité finira par tomber, quelques mois plus tard, de la bouche même de l’auteur Antoine Rault.  A la question  posée par un journaliste : -  Quelle liberté avez-vous prise par rapport aux faits historiques,  l’auteur du 'Diable rouge' répondra (enfin)  :  - La pièce respecte l’histoire , mais c’est une fiction qui me permet d’aborder un sujet qui nous passionne depuis toujours : qu’est-ce que nous cachent les hommes qui nous gouvernent ? 

Pour conclure avec un sourire, voici l'explication de l'emprunt d'Etat fournie par Fernandel himself dans le film 'François 1er' réalisé en 1937 par Christian-Jacque. Fiction ou réalité ?